dimanche 15 avril 2007
Ségolène Royal, de Gaulle et la droite
Je trouve, comme beaucoup d'hommes de droite, que cette campagne manque de souffle. Que nos thématiques soient partout reprises, agitées, confondues, qu'elle alimentent une sorte de fast food mental de la bêtise et du populisme, cela ne me sied pas ; faire de la Patrie, de la Nation un vulgaire argument électoral, décharger des tombereaux de racisme envers les descendants de nos soldats des colonies morts pour la France, tout ramener à l'économie et à la fiscalité comme si cela suffisait à redresser un pays exsangue et angoissé, cela ne me plait pas.
Quel est l'état de nos forces ? L'extrême droite, aux propos parfois séduisants mais toujours plombés par une vulgarité et une haine mesquine des petites gens, s'est bien éloignée de l'Action Française et des auteurs de talents qui avaient, eux, le sens de la patrie - non pas, comme aujourd'hui, celui du jambon beurre et du match de foot. L'UMP, mon parti fétiche, me déçoit de jour en jour. Quel homme providentiel avons-nous désigné en votant sans autre choix, comme des soviets ouvriers ? Est-ce vraiment lui qui porte nos valeurs, avec ses chemises brodées à ses initiales et sa montre de nouveau riche ? Quant à François Bayrou, n'en parlons pas : le centrisme mou est, comme disait Pascal parlant de la voie moyenne, "méprisable devant les hommes et abominable devant Dieu".
Curieusement, nous avons gagné la bataille des idées, mais au prix de la perte de notre identité ; aujourd'hui, même la gauche avance une candidate qui semble, de part sa personne, correspondre à nos valeurs. Certes son programme fait d'assistanat et de fiscalité confiscatoire n'est pas de mon goût, pas plus que les fausses avancées progressistes concernant le mariage des homosexuels, cette horreur qui détruirait l'édifice de 20 siècles de christianisme. Mais le plus archéo-gauchiste des sociologues, le gueux béarnais Bourdieu, voyait déjà en elle "un habitus de droite".
Et c'est aujourd'hui l'un des héritiers les plus indiscutables du Général qui appelle... à voter pour Royal. Qu'un patriarche issu d'une telle lignée - même si sa famille a pu se compromettre avec la gauche festive - en arrive à transgresser le réflexe partisan me semble digne de considération. Ecoutons le, avec tout le respect que nous devons à un vrai gaulliste, dans sa lettre à l'hebdomadaire guévariste-caviar le nouvel observateur :
Je suis un très vieux monsieur. Ministre du Général de Gaulle à trois reprises, je fus un des rares qui eurent l’honneur d’être reçu par lui à Colombey, après qu’il eut, en parfait démocrate, démissionné de la présidence de la République parce que désavoué lors du référendum qu’il avait décidé.
Je suis fidèle à sa mémoire. La France, au cours de sa longue histoire, n’a guère eu de chef d’Etat de cette envergure, parfaitement indépendant de toutes les puissances financières et de tous les dogmes politiques, ne se laissant intimider par quiconque, discernant ce qu’allait être l’évolution du monde et percevant ce qu’étaient les intérêts à long terme de son pays. Mais je n’ai jamais cru à la possibilité d’un gaullisme sans de Gaulle et je me suis vite désolidarisé de ses prétendus héritiers.
Cela dit – et sans vouloir vous écraser sous une telle référence en vous assimilant à cette très haute figure – j’ai le goût de vous dire que je constate d’assez nombreuses analogies entre ses idées et les vôtres.
Voila qui donne à penser. Faut-il, pour assurer la victoire de la droite, en passer par le triomphe de l'idéologie petite bourgeoise des représentants de commerce ? De Gaulle, notre référence suprême, aurait-il mis "l'intendance" sur un tel piédestal comme le fait notre candidat soviétique ? Confier les rênes du pays à un homme agité et inculte, qu'on verrait plutôt remplir les rayons du carrouf de Noisy à 6 heures du mat (lui qui "se lêve tôt") que de disposer de la force nucléaire, ne m'enchante pas ; pour peu qu'il ne tienne pas ses promesses de grand soir fiscal, qu'aurions nous à y gagner ?
Au contraire, cette femme, fille de militaire, catholique et honnête, non dénué d'un certain autoritarisme qui tranche avec l'impertinence crasseuse des bonimenteurs, n'est-elle pas notre meilleure chance pour refaire quelque chose de la France, plutôt que de la vendre entièrement aux marchands du temple ? Et n'est ce pas le temps de nous réconcilier avec ce peuple de gauche, gens des faubourgs, petites mains, retraités affamés qui ont pourtant travaillé dur avant que la finance mondialisée n'anéantisse leurs années d'efforts ? L'union nationale, n'est ce pas le vrai projet gaulliste ?
Et si, au-delà de la droite, la France gagnait à voter Ségolène Royal ? Je me perds en conjectures...